Salaires : Macron presse les branches aux minima inférieurs au Smic de négocier

Salaires : Macron presse les branches aux minima inférieurs au Smic de négocier

29/10/2026 P.E.I Par Karen Duffort

Emmanuel Macron a appelé les branches professionnelles dont les minima salariaux restent inférieurs au Smic à reprendre rapidement les négociations salariales. Interrogé mercredi par HugoDécrypte, le président a présenté le dialogue social comme un levier pour répondre aux préoccupations liées au pouvoir d’achat, sans se prononcer sur une éventuelle hausse supplémentaire du salaire minimum et en renvoyant cette question au premier ministre, Sébastien Lecornu.

Le sujet concerne encore un nombre important de secteurs : selon une étude de la CGT citée par la presse, 122 branches disposent d’au moins un niveau de rémunération inférieur au Smic. Le chiffre s’inscrit dans un contexte mouvant : après la revalorisation du salaire minimum en juin, des données publiées en mai faisaient état de 126 branches sur 179 dont les grilles commençaient sous ce seuil. Ces écarts illustrent la difficulté à maintenir les conventions collectives à jour lorsque le Smic augmente plus rapidement que les minima négociés.

En parallèle, l’exécutif examine différentes options pour soutenir les revenus modestes, dont une éventuelle revalorisation anticipée ou un « coup de pouce ». Aucune décision n’a été annoncée par le chef de l’État. La pression est donc reportée, à court terme, sur les partenaires sociaux : pour les salariés concernés, l’enjeu est autant le niveau de rémunération que la progression de la grille au-delà du minimum légal.

Minima salariaux sous le Smic : Macron appelle les branches à reprendre les négociations

Emmanuel Macron estime que les branches où les rémunérations conventionnelles restent sous le salaire minimum doivent relancer le dialogue social « à court terme ». Son appel intervient alors que les mobilisations autour du pouvoir d’achat alimentent le débat sur les salaires et sur les réponses possibles de l’État.

Le président n’a toutefois pas confirmé de revalorisation des salaires par une hausse exceptionnelle du Smic. Les informations relayées par BFMTV sur son intervention soulignent cette distinction : l’exécutif encourage les négociations de branche, tandis que l’arbitrage sur le salaire minimum reste ouvert.

Cette démarche place les organisations patronales et syndicales au premier plan. Dans une branche où la grille n’a pas suivi l’évolution du Smic, une négociation peut rétablir des écarts entre les niveaux de qualification, mais elle suppose un accord entre partenaires sociaux et ne produit pas nécessairement d’effet immédiat sur les fiches de paie.

Salaires : Macron presse les branches aux minima inférieurs au Smic de négocier

Des grilles conventionnelles fragilisées par les hausses successives

Les minima salariaux sont fixés dans les conventions collectives pour chaque branche et peuvent différer selon les métiers, l’ancienneté ou les qualifications. Lorsque le Smic est relevé et dépasse plusieurs premiers niveaux de grille, ces accords deviennent partiellement obsolètes : les entreprises doivent alors appliquer le minimum légal, même si le barème conventionnel affiche un montant inférieur.

Le décalage concerne aussi les salariés qui se situaient juste au-dessus du Smic avant une hausse. Leur salaire peut se retrouver aligné sur le plancher légal, sans que leur niveau de qualification ou leur expérience soient immédiatement mieux rémunérés. Ce phénomène nourrit un sentiment de déclassement parmi les salariés modestes et réduit la lisibilité des progressions de carrière.

D’après les données de la Dares, 11,8 % des salariés étaient rémunérés au Smic au 1er janvier 2026, contre 17,3 % trois ans auparavant. Cette baisse ne supprime pas la question des grilles : elle montre plutôt que l’évolution du salaire minimum et celle des rémunérations négociées ne suivent pas toujours le même calendrier.

Négociations salariales : pourquoi 122 branches restent concernées

Le nombre de branches signalées dépend de la date d’observation et du périmètre retenu. Les chiffres publiés après la revalorisation de juin faisaient état de 126 branches sur 179 avec un premier niveau inférieur au Smic ; l’étude citée par Le Parisien en octobre en dénombre 122. Ces données ne décrivent donc pas nécessairement une évolution à périmètre constant, mais confirment que le phénomène reste étendu.

Les chiffres rapportés par Le Parisien mettent en évidence la persistance de minima conventionnels dépassés par le salaire légal. Les hausses automatiques du Smic peuvent accélérer ce décalage, tandis que la renégociation complète d’une grille demande du temps et implique de trouver un compromis sur l’ensemble des niveaux de rémunération.

Pour les salariés, l’enjeu ne se limite pas à relever le premier échelon. Une grille cohérente doit également préserver des écarts entre les postes et reconnaître les compétences, faute de quoi une hausse au bas de l’échelle peut comprimer les salaires situés juste au-dessus. C’est l’un des points que les partenaires sociaux doivent arbitrer lors des négociations.

  • Réviser les premiers niveaux pour qu’ils ne restent pas durablement sous le Smic.
  • Maintenir des écarts entre qualifications, afin que l’expérience et les responsabilités se reflètent dans les rémunérations.
  • Prévoir un suivi régulier des grilles, pour limiter le retard entre une revalorisation légale et l’actualisation des accords de branche.

La CGT plaide également pour une relance des discussions face à la hausse du coût de la vie, comme le détaille son dossier sur les négociations salariales dans les branches. La portée concrète de ces échanges dépendra toutefois des accords conclus et de leur calendrier d’application.

Revalorisation du Smic : les pistes envisagées par l’exécutif

La revalorisation du Smic intervient normalement au 1er janvier, selon les règles légales d’indexation. Face aux tensions sur le pouvoir d’achat, plusieurs options sont évoquées : avancer la date de la hausse automatique ou accorder un supplément discrétionnaire. Le président n’a pas tranché entre ces scénarios lors de son entretien.

Selon des informations rapportées par Les Échos, un éventuel coup de pouce pourrait représenter 0,5 ou 0,6 point. Dans cette hypothèse, la rémunération nette mensuelle d’un salarié à temps plein payé au Smic augmenterait d’environ 20 euros, passant de près de 1 478 à 1 498 euros. Il s’agit d’une piste évoquée dans le débat, et non d’une mesure annoncée.

La question de l’effet sur les autres salaires demeure centrale. Une hausse du minimum légal améliore directement le revenu des salariés concernés, mais elle peut aussi rapprocher plusieurs niveaux de rémunération et conduire les branches à rouvrir leurs négociations. C’est pourquoi l’exécutif met en avant les conventions collectives comme un complément à la politique de revalorisation du Smic.

Une hausse du salaire minimum et la révision des accords de branche répondent ainsi à deux temporalités différentes : la première s’applique selon le cadre légal, tandis que la seconde dépend du dialogue social. Leur articulation déterminera si les salariés bénéficient seulement d’un relèvement du plancher ou d’une progression plus large des salaires.

Le calendrier des branches, facteur déterminant

La reprise des discussions ne garantit pas une hausse immédiate pour tous les salariés concernés. Les organisations doivent examiner les grilles, négocier les montants et formaliser les accords ; selon les secteurs, ces étapes peuvent s’étaler dans le temps et produire des résultats différents.

Le suivi des négociations permettra donc de mesurer si l’appel présidentiel débouche sur des accords effectifs. Pour les branches professionnelles, l’enjeu est de corriger les minima inférieurs au Smic tout en évitant que les niveaux intermédiaires ne soient durablement comprimés.

Salaires : Macron presse les branches aux minima inférieurs au Smic de négocier

Journaliste spécialisée en économie et finance, je décrypte depuis plus de vingt ans les enjeux économiques mondiaux pour un public exigeant. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les marchés financiers, les politiques monétaires et les tendances macroéconomiques.