Stellantis prévoit un déficit record de 22,3 milliards d’euros en 2025, la deuxième plus grande perte jamais enregistrée par un groupe français
26/02/2026Stellantis anticipe une perte nette de 22,3 milliards d’euros pour l’exercice 2025, soit la deuxième plus grande perte jamais enregistrée par un groupe français, essentiellement imputée à 25,4 milliards d’euros de charges exceptionnelles destinées à recalibrer la trajectoire dans l’électrique. D’après les données récentes, le chiffre d’affaires recule de 2% à 153,5 milliards d’euros malgré des volumes en légère progression (5,48 millions de véhicules), sur fond de conditions de marché plus tendues, d’effets de change défavorables et d’une inflexion commerciale avec des prix plus modérés au premier semestre. Le résultat opérationnel courant ressort à -842 millions d’euros (marge -0,5%), aucun dividende n’étant proposé, tandis que la liquidité industrielle demeure solide à 46 milliards d’euros.
Au second semestre, l’activité se redresse avec un chiffre d’affaires en hausse de 10% et 2,8 millions de livraisons, porté par un rebond de 39% en volume aux États-Unis. Il convient de souligner que cette évolution témoigne de l’efficacité d’ajustements tactiques (mix produit, promotions ciblées, discipline d’inventaires) et d’une demande robuste sur les segments de l’industrie automobile les plus résilients, notamment les pick-up thermiques. Le groupe confirme pour 2026 une trajectoire d’amélioration progressive du chiffre d’affaires et un retour à une marge positive « basse à un chiffre », tout en réinstaurant une publication trimestrielle afin de clarifier sa communication financière auprès des marchés.
Stellantis: un déficit record de 22,3 milliards d’euros et une réallocation massive du capital
Le basculement vers un déficit de 22,3 milliards d’euros s’explique par la décision d’acter des charges exceptionnelles substantielles liées à l’électrique: ralentissement de la montée en cadence, révisions d’actifs, renégociations industrielles et recentrage des investissements. D’après le communiqué financier publié le 26 février, la stratégie tarifaire a également été ajustée au premier semestre 2025, marquant un tournant après la phase de prix élevés sous l’ère Tavares, avant un rattrapage commercial notable en fin d’année.
Sur le plan historique, cette perte figure juste derrière Vivendi en 2002, et devant France Télécom (2002) et EDF (2022), comme l’ont rappelé plusieurs médias. Pour une mise en perspective des ordres de grandeur et des comparaisons sectorielles, France 24 a détaillé la deuxième plus lourde perte pour un groupe français, tandis que l’année noire de Stellantis illustre l’ampleur des réajustements engagés dans la chaîne de valeur.
Un choc partagé dans l’industrie automobile: demande EV ralentie et arbitrages opérationnels
La dynamique observée chez Stellantis s’inscrit dans un mouvement plus large: Ford et General Motors ont eux aussi passé des provisions significatives face à une demande de véhicules électriques inférieure aux anticipations aux États-Unis. Cette réalité de marché, faite de consommateurs plus attentistes et de conditions de crédit moins favorables, contraint l’économie de projet de nombreuses plateformes EV et exige des rephasages industriels.
Sur le terrain, l’impact est tangible. Un sous-traitant francilien spécialisé dans l’électronique embarquée évoque, d’après nos échanges, des cadences modulées et des appels d’offres davantage fragmentés, tandis qu’un distributeur Jeep dans l’Ohio constate la réallocation rapide des budgets marketing vers des thermiques à forte rotation. Cette évolution témoigne de la nécessité d’un équilibre entre innovation et rentabilité, avec une granularité accrue dans la planification des volumes et des incitations commerciales.
Perspectives 2026: marges, droits de douane américains et hiérarchie des priorités
Le groupe anticipe un retour à une marge positive « basse à un chiffre » dès 2026, fort d’une base de coûts ajustée, d’un portefeuille produit rééquilibré et d’une liquidité industrielle de 46 milliards d’euros préservée. Les volumes devraient être soutenus par les lancements de pick-up thermiques aux États-Unis, avec un niveau de prix stable outre-Atlantique mais plus concurrentiel en Europe. Il convient de souligner que l’impact des droits de douane américains reste significatif: environ 1,2 milliard d’euros en 2025 et 1,6 milliard attendus en 2026, malgré le feuilleton judiciaire outre-Atlantique.
Dans ce contexte, la politique commerciale de Washington pèse sur les chaînes logistiques transatlantiques. Pour mesurer la teneur de ce risque exogène, voir l’analyse sur les droits de douane de 30% imposés aux importations. En miroir, l’environnement macro français demeure contraint par des déséquilibres externes et un coût du capital accru, comme le rappelle le déficit commercial français persistant. Pour un groupe français internationalisé, ces paramètres de finance publique et de commerce extérieur structurent les trajectoires de marge au moins autant que la politique produit.
Revirement maîtrisé dans l’électrique: cessions ciblées, coentreprises et séquencement des investissements
Le recentrage stratégique se matérialise par la cession des 49% dans NextStar Energy (gigafactory au Canada) et l’étude d’une sortie de la coentreprise avec Samsung aux États-Unis. En parallèle, des modèles thermiques — y compris diesel — sont relancés en Europe et aux États-Unis, avec l’objectif déclaré de préserver la rentabilité court terme sans renoncer à l’électrification de long terme. D’après les données récentes et les synthèses sectorielles, cette stratégie de « bridge » vise à lisser le profil d’investissement et à coller au rythme réel de la demande.
Pour retracer précisément les agrégats — chiffre d’affaires à 153,5 milliards, volumes à 5,48 millions, marge opérationnelle courante à -0,5% — consulter les précisions chiffrées publiées dans la presse économique. À court terme, la clé réside dans l’exécution: montée en cadence de modèles à forte contribution, discipline des dépenses, et pilotage fin des incitations commerciales pour éviter une érosion de valeur résiduelle.
- Facteurs du recul 2025: charges exceptionnelles (25,4 Md€), effets de change défavorables, politique de prix plus basse au S1, coûts liés aux droits de douane américains, demande EV en deçà des prévisions.
- Points d’appui 2026: rebond H2 2025 (CA +10%), volumes US en hausse (+39%), nouveaux pick-up thermiques, gestion stricte des stocks, retour à une publication trimestrielle pour renforcer la visibilité marché.
- Risques à surveiller: normalisation de la demande en Europe, sensibilité aux taux et au coût du capital, incertitudes réglementaires sur l’EV et le commerce international.
Au total, la combinaison d’un recalibrage industriel et d’un pilotage commercial plus fin doit, si elle est menée avec constance, transformer une année de record à la baisse en point d’inflexion durable pour l’économie interne du constructeur.
Journaliste spécialisée en économie et finance, je décrypte depuis plus de vingt ans les enjeux économiques mondiaux pour un public exigeant. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les marchés financiers, les politiques monétaires et les tendances macroéconomiques.
