Philippe Aghion met en garde contre le déficit de financement dans la recherche scientifique
17/01/2026À Paris, le 16 janvier 2026, Philippe Aghion a mis en garde contre un déficit de financement chronique qui fragilise la recherche scientifique française. Lors d’une conférence organisée par l’Insead, l’économiste a dénoncé un système où « la recherche est dramatiquement sous-financée », citant ses propres travaux depuis 2015, menés sans soutien national et portés par des sponsors étrangers et des bourses européennes. Il convient de souligner que cette alerte intervient quelques semaines après sa distinction à Stockholm pour ses travaux sur l’innovation et la croissance, un rappel que le socle de l’économie de la connaissance reste l’investissement soutenu dans la recherche fondamentale.
Cette prise de position s’inscrit dans une séquence budgétaire tendue où les arbitrages publics favorisent des dépenses capacitaires, comme la défense, tandis que l’ANR est jugée « sans moyens ». D’après les données récentes sur l’innovation de rupture, la cohérence entre financement public à long terme, montée en gamme technologique et productivité est déterminante. Cette évolution témoigne de la nécessité d’une politique de recherche audible, stable et lisible, condition d’une trajectoire de croissance durable, d’un tissu de scientifiques attractif et d’une souveraineté technologique crédible.
Déficit de financement de la recherche scientifique : l’alerte de Philippe Aghion
Lauréat du prix Nobel d’économie 2025, Philippe Aghion rappelle que « l’on ne peut pas être un pays innovant sans bonne recherche fondamentale », soulignant l’insuffisance des crédits et la complexité administrative qui grèvent la production scientifique. Son diagnostic rejoint l’alerte sur le sous-financement de la recherche relayée dans le débat public, et prolonge ses prises de position récentes en faveur d’un cap stratégique aligné sur le leadership technologique. Dans cette perspective, l’ANR est pointée pour son manque de marges de manœuvre, là où la visibilité pluriannuelle est essentielle aux laboratoires.
Financement public, arbitrages budgétaires et ANR : enjeux 2026
L’économiste critique des arbitrages budgétaires qu’il juge incohérents, citant des dépenses massives de défense alors que les crédits scientifiques se contractent. La tension entre priorités industrielles et effort cognitif est illustrée par l’essor d’acteurs aux solutions technologiques pour la défense, tandis que les appels à projets restent très sélectifs côté recherche civile. L’enjeu n’est pas d’opposer filières, mais de restaurer un continuum science-technologie-industrie par un financement lisible et anticyclique.
Dans le même temps, Aghion a plaidé pour un budget sérieux qui préserve l’investissement immatériel, tout en n’éludant pas ses critiques envers le contre-budget du RN. Le fil conducteur reste la productivité de long terme : l’arbitrage immédiat en défaveur de la recherche scientifique se paie par un déficit de compétitivité, d’attractivité et d’emplois qualifiés à horizon cinq à dix ans.
Innovation, productivité et économie de la connaissance : quelles conséquences ?
Une recherche sous-dotée pèse sur la diffusion des technologies et la montée en gamme industrielle. Aghion défend un marché financier capable d’irriguer les projets risqués et patient capital, à l’échelle européenne. Il a récemment appelé à créer un marché unique des capitaux entre pays volontaires pour accélérer l’investissement dans l’innovation et réduire le coût du financement des start-up deeptech.
Les retombées attendues ne sont pas théoriques. En santé, jusqu’à 600 nouveaux médicaments pourraient arriver d’ici 2027 si le continuum recherche-clinique-industrie est correctement financé. À l’international, une prise de conscience tardive sur l’ascension scientifique de la Chine rappelle combien la compétition se joue autant dans les laboratoires que sur les marchés.
Cas concrets : laboratoires et start-up face aux contraintes de trésorerie
Dans un grand établissement parisien, le laboratoire fictif Hélios a renoncé à une piste de capteurs quantiques faute de cofinancements nationaux et de visibilité pluriannuelle. Les scientifiques y consacrent des semaines aux tâches administratives de reporting, alors que la fenêtre d’opportunité technologique se referme rapidement.
Côté entreprises, la jeune pousse « NeuroQuant » a transféré sa R&D en Allemagne pour sécuriser une levée de fonds non dilutive adossée à des contrats pluriannuels. Ce type d’arbitrage illustre le coût d’un déficit de financement récurrent : pertes de brevets, chaînes de valeur qui se délocalisent, et retombées fiscales différées, à rebours d’une politique de recherche visant la souveraineté.
Quelles priorités pour une politique de recherche crédible ?
Les prescriptions avancées par Aghion convergent avec ses analyses détaillées, exposées comme Invité des Matins de France Culture et dans son plan pour rétablir les finances publiques. Elles dessinent un cadre où le financement public se combine avec l’épargne privée, au service d’une montée en puissance durable de l’économie de la connaissance.
- Rehausser l’effort de R&D vers 3 % du PIB, avec des crédits budgétaires sanctuarisés et anti-cycliques.
- Contrats pluriannuels pour laboratoires et chaires, adossés à des indicateurs de résultats scientifiques et de transfert.
- ANR renforcée avec taux de succès relevé et simplification des procédures pour réduire la charge administrative.
- Marché unique des capitaux pour flécher l’épargne vers la deeptech, via fonds de fonds européens et garanties.
- Incitations fiscales ciblées sur l’investissement immatériel et les plateformes technologiques partagées.
- Achats publics innovants pour tracter l’adoption des technologies de rupture dans l’industrie et les services.
Au-delà des instruments, la stratégie exige une boussole claire : viser le leadership technologique et calibrer les arbitrages sectoriels. À ce titre, le poids du lobby agricole mondial et les priorités de réindustrialisation doivent être rendus compatibles avec une ambition scientifique crédible, faute de quoi l’effort se dilue et les résultats tardent.
Cap sur l’investissement : orienter l’épargne vers la technologie et la science
La crédibilité d’ensemble se juge à la capacité d’orienter l’épargne vers des projets risqués mais transformants, dans la durée. Aghion a multiplié les mises en perspective publiques, y compris lorsqu’il s’agissait de faire valider le budget sans sacrifier l’investissement immatériel. Il s’agit d’assurer un coût du capital soutenable, une visibilité réglementaire, et une gouvernance de projets à la hauteur des enjeux technologiques.
Dans un contexte de volatilité financière, l’économiste a également alerté sur les risques d’un débat caricatural, rappelés dans le débat budgétaire 2026. En filigrane, le message reste constant : la soutenabilité des finances publiques gagne à prioriser la dépense qui élève la productivité potentielle — autrement dit, renforcer dès aujourd’hui le financement public de la recherche scientifique pour sécuriser la croissance de demain.
Journaliste spécialisée en économie et finance, je décrypte depuis plus de vingt ans les enjeux économiques mondiaux pour un public exigeant. Mon parcours m’a conduite à collaborer avec des publications de renom, où j’ai analysé les marchés financiers, les politiques monétaires et les tendances macroéconomiques.